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2010 / UNIDAD ABSTRACTA Y NATURAL / UNITE ABSTRAITE ET NATURELLE / Edition Universitad Autuonoma de Chihuahua

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Une géométrie effusive de Gérard Xuriguera

L’Amérique Latine nous a depuis longtemps donné des preuves de la créativité de ses artistes, notamment dans le domaine de l’Op art, donc de l’art construit et à fortiori lorsqu’il s’agit de ceux de la diaspora, pour la plupart établis à Paris. Ayant tiré profit de la trajectoire des pionniers, du Bauhaus et de ses héritiers, à partir de schémas préexistants, ils ont su se forger de nouveaux horizons, sans trahir l’esprit du constructivisme.

Agueda Lozano appartient à cette frange d’artistes transhumants. D’origine mexicaine, elle aurait pu s’inscrire dans la postérité des muralistes de son pays, mais elle a préféré la voie de l’ordre et de la concision, à laquelle s’est greffée sa propre perception. Fixée à Paris dès 1971, émancipée des reliquats de figures qui caractérisaient sa facture heurtée, elle opte pour l’abstraction et pratique simultanément la sculpture.

Sa peinture conserve, épisodiquement au départ, des réminiscences organiques, avant de glisser vers une non-figuration très structurée. Néanmoins, si elle utilise les formes construites comme fraction des lois mathématiques, son écriture échappe à l’orthodoxie constructiviste, parce qu’elle aspire à une autre dimension, plus libérée dans son contenu, où la forme s’appuie davantage sur la courbe que sur le carré. Au fil de ses pérégrinations picturales, en effet, les plans tour à tour ondulent, ploient, se replient, et surtout sécrètent des échancrures voilées de biffures, des déchirures récurrentes sur leurs marges, à la manière de remblais déchiquetés ou de hautes falaises effritées qui renvoient à des paysages imaginaires ou à des galaxies voyageuses. Plus avant, ses cartographies lunaires, composées de pans encastrés et dédoublés, virent à la verticalité, nappées de tonalités modulées, qui laissent entrevoir l’impact acéré du trait et l’autorité de la brosse. Ici, c’est le jeu interactif des intervalles et des proportions, la coordination de leurs échanges, qui commandent son mode d’expression. Mais de Mondrian à Malevitch, Agueda a plus relevé les harmonies que l’aridité architecturale. Maintenant, sur un versant mitoyen, le champ s’évase et s’articule en diverses bandes horizontales aux coloris feutrés, qui peuvent faire allusion aux ventaux de Rothko.

Pourtant, malgré son indépendance de style, cette syntaxe ne cultive pas la fantaisie, car son credo se tient dans la recherche de l’absolu de la forme. Mais si son lexique ne se réclame que des éléments qui l’instruisent, ses particularités texturielles et ses dépaysages laissent filtrer les flux de l’intuition, tout en participant des tables de l’intériorité.

Parallèlement, la sculpture d’Agueda Lozano affiche des parentés avec sa peinture. Découpée dans l’acier, torsadée ou resserrée, dynamique ou statique, les contours ébréchés ou les épidermes renflés, miroitante ou opaque, en oblique ou debout, d’un seul tenant ou conçue de plusieurs éléments contigus, on y recense la même volonté de dire l’essentiel et la même justesse dans l’organisation des volumes. Face à l’espace ouvert, Agueda Lozano procède par assemblage de formes asymétriques souvent dentelées, qui s’emboîtent dans un élan ascensionnel, contenues par plusieurs tiges métalliques en triangle, quand elles ne reposent pas à même le sol. Par ailleurs, ses armatures prennent par moment une tournure totémique, en excipant un axe médian flanqué d’une colonne à demi enroulée sur elle-même. Toujours en équilibre fictivement instable, les volumes évidés s’y confrontent à d’autres plus denses, dans un tangage fermement contrôlé. Plus loin, la définition des unités se précise. Elles revendiquent leur autonomie en se rapprochant de la neutralité minimaliste. Mais l’heureuse combinatoire des tensions entre les plans écharpés et les formes pleines, les arêtes, les incidences de la lumière et le velouté des lignes bombées, nous ramènent à la synthèse des opposés. “Je suis géomètre,“ disait Gaudi, “ce qui signifie synthétique.”

C’est de cette façon qu’il faut aborder la géométrie effusive d’Agueda Lozano. Dans ce dosage de rythmes coulés et d’accords rigoureux, au service d’une poétique de la matière et de l’espace qui va bien au-delà des apparences, elle nous entraîne en ces territoires où action et méditation convolent à l’aune de leurs pouvoirs de sublimation.

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